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S’écouter. Bien drôle de notion. Chez la plupart des patients que je reçois, c’est un aveu de faiblesse ou pire la preuve ultime d’égoïsme. Et qu’est-ce qui en résulte si on prend le risque de s’écouter un peu ? La culpabilité. Je crois qu’il est important en tout premier lieu de changer son regard sur ce concept. Car nos croyances sont souvent fausses à ce sujet, et nous font voir une réalité bien déformée.

Changer de regard sur le fait de prendre soin de soi

La plupart des gens pensent (et je suis sûre que ça vous est arrivé) que si l’on s’écoute et que l’on pense à ses propres besoins, cela fait de nous quelqu’un d’égoïste. Ou que l’on risquerait de décevoir quelqu’un. Ou que l’on se sentirai trop coupable, car on a l’habitude  de rendre service aux autres avant soi-même. Cette image de nous-même au sacrifice des autres est très reluisante, elle nous apporte beaucoup de bénéfices secondaires. C’est parfois plus confortables pour certaines d’entre nous de se tuer à la tâche et prendre soin des autres (ce serait bien trop douloureux de décevoir ou d’être rejeté), que de fournir un effort qui nous permettra d’être plus en harmonie avec soi-même à terme. L’être humain favorise souvent le confort immédiat et ne voit pas le bien-être à long terme. Car le risque, à long de terme, de fonctionner au service des autres, vous le voyez venir : frustration, mauvaise image de soi-même, pire l’épuisement au bout du bout.

Alors j’aimerai vous poser quelques questions :

  • Que pensez-vous des gens qui savent écouter leurs émotions et leurs besoins ?
  • Vous semblent-ils égoïstes… ou sereins ?
  • Vous sentez vous plein d’énergie et en cohérence avec vos valeurs ? (levez la main tous ceux qui ont dit « oui » à quelqu’un alors qu’ils pensaient « non »)
  • Trouvez-vous que vous avez un juste retour de votre investissement auprès des autres ?
  • Ou vous voit-on comme la personne qui dit toujours oui et à qui on vient toujours demander de l’aide ?
  • L’inconfort de décevoir quelqu’un vaut-il autant que votre santé mentale (santé mentale que vous conserveriez si vous appreniez à vous écouter) ?

Observer ses émotions et ses besoins pour prendre soin de soi

Quand on a fonctionné pendant des années ainsi, on est un peu perdus sur « comment changer » ça. C’est d’ailleurs une demande récurrente de consultation : « je sens bien que j’en peux plus d’être là, toujours forte pour tout le monde, alors que moi quand je vais mal mais j’affiche un sourire. Et j’en fais toujours plus. Mais personne ne m’aide ». Et je sais que se tourner vers son cœur, pour certaines d’entre vous, ce n’est pas très facile. En vous écrivant, je pense à une amie et à mon mari, qui quand je leur demande « comment tu te sens » ou « qu’est-ce que tu ressens », me répondent : « ben je sais pas ». Ce n’est vraiment pas évident comme question, je le conçois (je suis longtemps passée pour une illuminée avec mes questions à la con d’ailleurs…). Mais je crois que le travail commence vraiment ici. Comment voulez-vous mettre en place ce qu’il y a de bon pour vous, si vous ne savez pas ce qu’une situation vous fait ressentir ?

Un petit rappel des émotions primaires (ça veut dire qu’on peut les classer en 6 catégories générales et qu’on peut ensuite les décliner à l’infini) : joie, peur, tristesse, colère, surprise, dégoût.

Certaines émotions sont des émotions dites « rouges », des émotions d’alerte et de danger comme la honte, la jalousie, l’anxiété, … Souvent, celles-ci nous posent le plus de désagréments.

Néanmoins, chaque émotion a une fonction et donc son utilité.

C’est pour cela que je ne parlerai pas d’émotions positives ou négatives!

Pour vous guider, dans une situation donnée, vous pourriez déjà amorcer un dialogue intérieur (si, si, il est prouvé que se parler intérieurement à soi-même est très bénéfique) :

  • Qu’est-ce que je ressens là maintenant, comme émotion ? ça me rend heureux (joie), ça me donne envie de pleurer (tristesse),  ça me fait peur (peur), j’ai envie de tout casser (colère), ça me surprise (surprise), bahhh ça me file la nausée (dégoût) ?
  • Qu’est-ce que vous ressentez dans votre corps ? Une boule au ventre, la gorge serrée, des palpitations, tremblements, sueurs… ? Qu’est-ce que vous ressentez dans votre corps et où ?
  • De quoi avez-vous besoin ? D’être seul, d’être écouté, de justice, de liberté ?

P,asser à l’action pour se chouchouter

Partons d’un premier constat qu’il est vraiment utile de vous rentrer dans le crâne (je sais c’est pas facile à entendre, mais là vraiment…) : ce qui n’est pas dit ne peut pas être entendu. Et vous ne pouvez pas obtenir ce que vous n’avez pas demandé (à vous-même, à l’univers ou à autrui, qu’importe…). Si vous comptez sur la chance ou les autres pour obtenir de dont vous avez besoin ou envie… Vous allez attendre longtemps. Ou alors vous avez le cul bordé de nouilles… oups, êtes très chanceux, et je veux bien votre recette magique.

  • Documentez-vous, lisez un maximum sur le sujet de « l’affirmation de soi ». La PNL ou la CNV peuvent vraiment vous aidez
  • Apprenez à dire non par l’expérience : commencer par des toutes petites choses puis fixez-vous des challenges un peu plus grands. Bizarrement il y a des gens à qui c’est plus facile de dire non que d’autres (souvent pour certaines que je rencontre c’est plus facile de dire non à leur mari et que dire non à leur boss). Commencez petit puis voyez grand. Plus vous pratiquez moins ce sera inconfortable
  • Tenez un journal de vos réussites, et de toutes les fois où vous avez refusé quelque chose
  • Apprenez à demander par l’expérience : même processus que pour le « non ». Commencez petit puis voyez de plus en plus grand. Il peut s’agir de petits objectifs comme demander un sachet à votre boulangère (même si vous savez qu’elle n’en a pas). L’idée c’est juste de vous confronter au fait que quand on demande on a 50% d’obtenir et 50% de ne pas obtenir. Et ne pas recevoir, ce n’est pas grave, ni la fin en soi. Ce n’est agréable pour personne d’essuyer un refus. Mais on s’en remet. En expérimentant, vous vous habituerez au fait que « pour gagner, faut jouer ».

En résumé, sortez de votre zone de confort, de vos habitudes, de vos vieux schémas. C’est doudou et rassurant, mais à long terme cela risque de ne pas être suffisant pour être heureux.

La cerise on the cake

La cerise sur le gâteau, c’est qu’en prenant soin de vous, vous prendrez encore mieux soin des autres, en particulier ceux qui comptent le plus pour vous. Alors, vous attendez quoi pour vous y mettre?

Pour aller plus loin

Je vous propose 2 livres à lire sur le sujet:

Cessez d’être gentil, soyez vrai de Thomas D’ansembourg

Etre vraiment soi, aimer pleinement l’autre : La Communication Non Violente en couple et entre amis de Marshall B. Rosenberg

 

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